La
paroisse
Elle se
situe à quelques kilomètres du centre de
Braine-l'Alleud et se
trouve à la lisière sud de la forêt de Soignes,
région entourée de châteaux
et maisons seigneuriales et peuplée, plus en profondeur,
d'ermitages,
de chapelles et de monastères où vivaient aux XIIe et XIIIe siècles jusqu'à un millier de religieux et d'anachorètes.
Parmi les
ouvrages assez récents qui relatent cette histoire, nous
avons
retenu
:
- Sander Pierron, Histoire de la Forêt de Soigne, ouvrage
publié
sous
les auspices de la Direction des Eaux et Forêts,
Bruxelles,
Charles
Bulens, 1905. - Jean Bosse : Monseigneur Croquet, le Saint de
l'Orégon, 1976. - Fabienne Mariën : Braine-l'Alleud et le Cardinal,
1976. - Fabienne Mariën : Braine-l'Alleud, son histoire
d'hier et
d'aujourd'hui,
1982. - Ernest Pays : Braine-l'Alleud et la Forêt de
Soignes, 1983. - Jean Bosse : Le couvent de l'Ermite à
Braine-l'Alleud, 1983. - Jean Bosse et Ernest Pays : Histoire de l'église
Saint-Étienne,
1992.
On ne peut éviter d'évoquer la question si souvent
posée :
habite-t-on l'Ermite ou l'Hermite ? Actuellement, l'Ermite est le terme officiel, comme il semblait
l'être
à la fin du siècle passé. En 1873, dans leur
ouvrage monumental,
Tarlier
et Wauters ("La Belgique ancienne et moderne,
Géographie
des Communes Belges") citent "l'Ermite" comme hameau de
Braine-l'Alleu
(et non l'Alleud). Cependant "l'Hermite" est utilisé dans les textes des
contemporains
de Monseigneur Croquet et du Cardinal Mercier. Depuis toujours, il
y
eut contestation quant à l'orthographe des noms de lieux. |
La ville et la paroisse de Braine-l'Alleud
Tarlier
et Wauters nous donnent une première idée du
passé
lointain dans lequel la paroisse de l'Ermite a éclos :
"Le grand et beau bourg de Braine remonte à une époque
très reculée, et l'on peut admettre avec une
grande
apparence de vérité qu'à l'époque
romaine,
et probablement même à l'époque gauloise,
cette
localité était habitée, bien que tous les
alentours,
au nord, à l'est et au sud-ouest fussent couverts de
bois.
On y a trouvé une de ces haches de pierre dont les
premiers
habitants de notre pays se servaient, et il a longtemps
existé,
dans une prairie contiguë à la ferme dite de la
Tour,
à Mont-Saint-Pont, un grand cône de terre ayant
environ
50 pieds de diamètre et 20 pieds de hauteur. Ce tumulus
n'a
été rasé que depuis 5 ou 6 ans. Le nom de
Voie
Royale, donné à un chemin de l'Estrée,
celui
du hameau d'Odegien (de Oude et Heim ou inghe, ancienne
habitation)
sont des indices à noter. Braine
est mentionné pour la première fois au Xe siècle, dans la légende des miracles de Saint
Guibert,
fondateur de l'abbaye de Gembloux (Miracula Sancti Wiberti). On
y lit que l'intercession de ce bienheureux personnage procura
la
guérison d'une femme qui était née
à
Braine, village qui était uni au monastère par des
liens de fraternité. Le Braine dont il est ici question
doit
être Braine-l'Alleu, où, en 1131, les religieux de
Gembloux reçurent en don du duc Godefroid Ier le lieu nommé Dudinsart (aujourd'hui Ter Cluysen ou
l'Ermite).
(...) L'église
de Saint-Étienne à Braine avait jadis le rang de
mère
église. L'autorité du curé
s'étendait,
non seulement sur ce qui constitue aujourd'hui la paroisse,
mais
sur la majeure partie de Waterloo, qui a été
érigé
en paroisse en 1803, sur Plancenoit que l'on a
séparé
de Braine en 1211, et sur Ohain qui devint également une
paroisse vers l'an 1200. La circonscription
ecclésiastique
actuelle diffère de la circonscription civile : une
partie
de la commune, au N.- N.O., dépend au spirituel de
Rhode-Saint-Genèse."
Dernières années dans le giron de Saint-Étienne
Dans
le dénombrement de 1374, on cite en sus du centre, 10
hameaux :
Priespont
(Popol), Merebreyn (Merbraine), Streye (Estrée), Meyny
(Ménil),
Rudinghen
(Chenois), Monsionpont (Mont-Saint-Pont), Hobboecse (Habeiche),
Saert-Molyn
(Sartmoulin) Oudinchoen (Odeghien) et Liermites (L'Ermite)
En 1537, on dénombre 14 hameaux (dont Waterloo, Smohain
et
Mont-Saint-Jean).
En 1560, on recense 17 hameaux dont Boudrissart et Roussart.
En 1709/1742 : 18/19 hameaux.
Vers
1860, l'habitat des hameaux constituant l'entité de
Braine-l'Alleud
se présente comme suit : Mont-Saint-Pont
: 74 maisons, le Chenois : 124 maisons, Colipain : 15 maisons,
Odeghien
: 66 maisons, Sart-Moulin : 107 maisons, l'Ermite : 54 maisons.
La région est aussi un pays de fermes dont certaines
datent
du début du XVe siècle (J. Tarlier , A.
Wauters) Les
anciens se rappellent le Révérend Monsieur Hoofs,
curé-doyen de Braine-l'Alleud, qu'on voyait passer dans
la
rue, juché sur une petite charrette traînée
par un âne et abritée, l'été, par un
immense parasol de couleur. Il allait visiter les paroissiens
des
hameaux éloignés. Chaque année, une
procession
partait de Saint-Étienne, passait par Mont-Saint-Pont,
Sart-Moulin,
parcourait la campagne de l'Ermite, s'arrêtant devant les
nombreuses petites chapelles, avant de poursuivre vers
Dudinsart
et Waterloo pour retourner vers Saint-Étienne. Ce long
parcours
prenait une journée entière. Ordonné
en 1885 et nommé vicaire à Braine-l'Alleud peu de
temps après, l'abbé Roelandts visitait aussi la
périphérie
de la paroisse. Il célébra occasionnellement la
messe
dominicale à la chapelle du Vieux Moutier,
propriété
du baron Snoy. Comme il n'y avait pas de cloche, on appelait les
fidèles en frappant au moyen d'une barre métallique
ou d'un marteau sur un bandage de roue que l'on avait suspendu.
L'abbé Roelandts s'intéressa beaucoup aux projets
que le doyen Hoofs et le baron Snoy avaient déjà
conçus
pour mieux desservir ces paroissiens défavorisés. Création et évolution de la
paroisse * La première tentative de créer sur le plateau de l'Ermite
une
paroisse
succursale de Braine-l'Alleud Saint-Étienne date de 1788. Elle émanait
curieusement de P. J. Leerse, administrateur du Comité de
la
Caisse
de Religion créée par l'empereur d'Autriche, Joseph
II, pour
gérer
les biens et les revenus des couvents supprimés. Il
proposait,
dans
ce but, d'agrandir la chapelle existante de Ter Cluysen ("La
chapelle de l'Ermite"). Cette suggestion n'eut pas de suite.
* En 1875, une lettre adressée par l'abbé
Hoofs, doyen de
Braine-l'Alleud,
à son évêque appuya une demande du baron
Georges Snoy à
l'archevêque,
afin qu'une nouvelle paroisse, comprenant les hameaux d'Odeghien,
Sart-Moulin, l'Hermite et le Chenois soit créée.
Deux solutions
étaient
cependant en présence : construire une nouvelle
église ou centrer
la paroisse sur la chapelle de Ter Cluysen.
* Plusieurs années s'écoulèrent encore
sans qu'une décision soit
prise
à ce sujet, mais avec l'appui du Cardinal Pierre-Lambert
Goossens,
un appel de fonds pour la construction d'une seconde église
desservant
cette région et déjà baptisée
"Église du Sacré-Cœur de Jésus à
l'Hermite"
fut lancé dans le public, le 4 novembre 1889. Cette
souscription
se
présentait sous la forme d'une lettre circulaire
signée par
Joseph
Roelandts, vicaire à Saint-Étienne, qui avait pris
ce projet à
cœur.
Les entrepreneurs furent invités à remettre prix
pour la
construction
de cette église. L'adjudication eut lieu en
présence de
l'architecte
malinois Henri Meyns, le lundi 17 novembre 1890.
Parallèlement, le 7 novembre 1890, des habitants des
communes de
Braine-l'Alleud
et de Rhode-Saint-Genèse adressèrent au Ministre de
la Justice,
une
requête demandant la constitution d'une succursale dans la
section
de l'Hermite, à Braine-l'Alleud.
Le 8 février 1891, le Conseil de Fabrique de
l'église Saint-Étienne se réunit en séance extraordinaire pour délibérer
de la pétition
rédigée
dans le même but par des habitants de l'Ermite, du Chenois
etc...
Après lecture de cette pétition, les membres du
Conseil
décidèrent
unanimement d'annexer à la pétition la
ésolution suivante :
"Les
membres du Conseil de Fabrique de l'église paroissiale de
Braine-l'Alleud
ne peuvent qu'appuyer de toutes leurs forces la pétition
ci-jointe,
les motifs allégués dans cette pétition leur
paraissant on ne
peut
plus plausibles. Toutefois, ils croient devoir faire remarquer,
dès
maintenant, qu'une intervention financière de la Fabrique
d'église
de Braine-l'Alleud dans l'érection ou l'entretien de la
succursale
à ériger leur paraît impossible, les ressources
actuelles ou
espérées
de cette Fabrique étant à peine suffisantes pour
couvrir les
frais
du culte et l'entretien des bâtiments. Se plaçant au point
de vue
de l'intérêt des âmes, comme c'est son droit
et son devoir,
Monsieur
le Curé-Doyen reconnaît l'évidente
utilité et même la nécessité
de
l'érection d'une église et la présence d'un
prêtre au sein de ces
hameaux si importants et si éloignés de
l'église paroissiale
actuelle.
La présente délibération sera envoyée
à Monsieur le Ministre de
la
Justice."
* De son côté, le Conseil communal de
Braine-l'Alleud fut saisi
de
la même demande émanant des habitants de l'Ermite,
Paudure,
Valck,
Sept-Fontaines, Odeghien et Sart-Moulin. Le 21 août 1891, le secrétaire communal
D. Hautfenne et le
bourgmestre
Ed. Cloquet signèrent une ordonnance décidant
de demander à
ce
sujet
l'avis des électeurs, par voie de referendum, compte tenu
que :
- la somme recueillie pour la construction
atteignait
12.000 frs,
et que le devis des travaux, ameublement non compris était
de
37.800
frs ; - la pétition portait 125 signatures mais
aucune ne
venant
d'habitants
du Chenois et une seule du hameau de Paudure.
Ce referendum devait avoir lieu par vote secret le dimanche 13
septembre
1891. L'annonce du referendum déclencha une campagne
agrémentée
d'une
volée de pamphlets où tous les arguments "pro" et
"contra"
s'affrontèrent.
Les invectives politiques entre "cléricaux" et
"majorité gueuse"
-
entendez "radical-socialiste" - au pouvoir fusèrent de
toutes
parts.
Quelques magnifiques exemples de cette littérature de
combat sont
consignés dans les archives paroissiales conservées
à la cure de
l'Ermite...
Dans l'entre-temps, le 17 février 1891, la Commission Royale des
Monuments
avait approuvé, après légère
modification, le projet d'église. Le
même jour, l'abbé Roelandts s'empressait de verser
un acompte de
100
frs pour permettre au menuisier Henri Platiau de Braine-l'Alleud
d'acheter
le bois destiné à fabriquer 200 chaises. C'est
vraisemblablement
vers
la même époque que les frêres Springal,
entrepreneurs à
Braine-l'Alleud,
furent désignés comme adjudicataires pour la
construction : ils
ont
en effet été autorisés à commencer
les travaux, le 10 juin 1891.
Le referendum mobilisa 332 électeurs dont 309 se
prononcèrent
contre
la création d'une nouvelle paroisse. Le Conseil communal
émit, en
conséquence, l'avis qu'il n'y avait pas lieu de
créer une
succursale
au hameau de l'Ermite.
* Il faut cependant croire que le résultat du vote
fut considéré,
en plus haut lieu, comme peu probant, peut-être à
cause du nombre
insuffisant de participants ou d'un boycottage du referendum de
la
part des personnes favorables à la création de la
nouvelle
paroisse
: deux mois plus tard, le 6 novembre 1891 était
publié l'arrêté
royal
du 3 novembre qui érigeait la section de l'Ermite en
"succursale",
avec obligation de prévoir un crédit pour le
desservant de cette
nouvelle
paroisse.
L'arrêté définissait les limites de la
nouvelle paroisse :
celle-ci
comportait toute la partie de la commune de Braine-l'Alleud
située
au nord du Hain du côté ouest de la chaussée
d'Alsemberg et au
nord
du chemin du Calvaire du côté est de cette
même chaussée.
L'année suivante, le 30 juin 1892, l'architecte malinois
Henri
Meyns
signait le procès-verbal de réception
définitive de l'édifice de
l'église.
Le coût total de la construction s'élevait à
23.800 frs.
* Le 1eravril 1906, le gouverneur intérimaire du Brabant
signala, pour la première fois, qu'il était
question de fonder
une
succursale au Chenois. Le Conseil de Fabrique de la paroisse de
l'Hermite
se déclara, en principe, favorable à cette
idée. Le 18 mars 1908, le Moniteur belge publiait un
arrêté royal
érigeant
une succursale sous le vocable de Saint-François d'Assise, au
hameau
"Le Chenois", communes de Braine-l'Alleud et de Waterloo, et
définissant
ses limites.
* En séance extraordinaire du 4 juillet 1920, le
Conseil de
Fabrique
de la paroisse de l'Hermite émit à nouveau un vote
favorable à la
création d'une paroisse à Noucelles et proposa une délimitation détaillée
passant sensiblement à égale distance des
églises de
Braine-l'Alleud
(Saint-Étienne) et de l'Ermite. Une lettre non datée émanant de paroissiens de
Sart-Moulin et de
La
Vau demandait cependant à l'archevêché de
continuer à faire
partie
de la paroisse de l'Hermite. Les choses en restèrent
là pendant
près
de quinze ans.
* C'est seulement en date du 20 juin 1934 qu'une lettre
adressée
à
la Fabrique par l'Administration communale de Braine-l'Alleud
l'informait
que l'autorité diocésaine demandait
l'érection de la chapelle de Noucelles en succursale distincte. Le Conseil de Fabrique de la paroisse du Sacré-Cœur
émit à
nouveau
et unanimement un avis favorable à cette scission,
à condition
que
la délimitation de la paroisse de l'Hermite puisse
être reculée
vers
Braine-l'Alleud (Saint-Étienne).
L'Arrêté royal du 25 octobre 1935 consacra cette
transaction en
ajoutant
au territoire de la paroisse une bande de terrain limitée
au sud
par
une ligne longeant une partie du chemin de fer allant de
Braine-l'Alleud à
Clabecq, rejoignant la ferme de la Graignette, la rue du Doignon
et
la rue Scolasse jusqu'au chemin de fer de Braine-l'Alleud à
Bruxelles. (voir la carte)
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